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Pouvoir d’achat : quand la communication municipale tourne à la manipulation !

3 oct.
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 oct.

Lors du conseil municipal du 1er octobre, la majorité a soumis au vote du conseil un vœu consacré au pouvoir d’achat et à la hausse du prix des carburants.

Nous avons annoncé clairement notre abstention et expliqué pourquoi.


Quelques minutes plus tard, après une intervention politique d’Assan Lakehoul (PCF) sur un tout autre vote, en forme de conclusion du conseil municipal et le refus du maire de me laisser lui répondre, nous nous sommes levés.


La communication municipale a alors repris ces images pour construire un tout autre récit : celui d’une opposition qui aurait quitté le conseil parce qu’elle refusait de défendre le pouvoir d’achat (!).


C’est une manipulation des images extrêmement grave, et à travers elles, une tentative de manipulation de l’opinion. Les extraits vidéo du conseil permettent aujourd’hui à chacun de voir ce qui s’est réellement passé.


Laissez-moi vous relater les faits :


Pouvoir d’achat : quand la communication municipale tourne à la manipulation !

Un vœu, ce n’est pas une simple déclaration politique


Un vœu adopté par un conseil municipal permet à celui-ci de prendre position sur un sujet d’intérêt local et, notamment, d’interpeller une autre autorité publique.


Celui présenté le 1er octobre par la majorité de Tournefeuille s’adressait directement au Gouvernement. Il demandait notamment un renforcement du Fonds vert, une taxation européenne des profits exceptionnels des compagnies pétrolières et gazières, une extension du leasing social, une TVA à 5,5 % sur les transports collectifs et un soutien financier « massif » aux collectivités pour développer les alternatives à la voiture individuelle.

Lorsqu’un conseil municipal interpelle ainsi le Gouvernement sur un sujet national, le minimum est de présenter un texte précis, cohérent et suffisamment argumenté.

C’est précisément sur ce point que nous avons exprimé nos réserves.


Pourquoi nous avons annoncé notre abstention


Sur le fond, nous ne contestons évidemment pas le problème posé par la hausse des carburants.

Je l’ai dit dès le début de mon intervention : « Nous partageons évidemment le constat : la hausse du prix des carburants pèse lourdement sur les ménages, et particulièrement sur ceux qui n’ont pas d’alternative à la voiture. »

Notre désaccord portait donc non pas sur la défense du pouvoir d’achat, mais sur la qualité du texte qui nous était proposé.


J’ai notamment souligné que le vœu présentait de manière très partielle les mesures gouvernementales annoncées, réclamait une extension du leasing social sans préciser ce qui était demandé concrètement, reprenait un chiffre de 7,5 milliards d’euros de « surprofits » sans en préciser suffisamment la source et tirait du recul du seul Fonds vert une conclusion beaucoup plus générale sur les moyens consacrés à la transition écologique.


Surtout, le texte dénonçait les 450 millions d’euros consacrés aux mesures d’urgence tout en demandant simultanément davantage de Fonds vert, davantage de leasing social, une baisse de TVA et un soutien financier « massif » aux collectivités, sans fournir le moindre chiffrage global de ces nouvelles dépenses.

Notre conclusion était donc parfaitement claire : des préoccupations légitimes, que nous pouvions partager, mais trop de raccourcis, d’omissions et d’affirmations insuffisamment étayées pour que nous nous associions au texte.

Nous avons annoncé notre abstention.


Quand le débat change soudainement de sujet


Isabelle Meiffren est ensuite intervenue longuement sur la dépendance de la France aux énergies fossiles, le développement des trains du quotidien et la nécessité de « changer de paradigme ».

Ces questions ont évidemment un rapport avec la transition écologique évoquée dans le vœu. Mais cette intervention ne répondait en rien aux questions précises que nous venions de poser : quelles mesures supplémentaires étaient réellement demandées ? Avec quel financement ? Quel chiffrage ? Et sur quelles données précisément étayées ?

Le maire lui-même a d'ailleurs dû recentrer l'échange sur l'objet immédiat du vœu et la question de la hausse du prix des carburants.


Retrouvez dans la vidéo ci-dessous le débat tel qu’il s’est réellement déroulé au conseil municipal.



Pouvoir d’achat : quand la communication municipale tourne à la manipulation !

Puis Assan Lakehoul revient… sur une autre délibération


La séquence devient ensuite beaucoup plus politique.

Assan Lakehoul, conseiller municipal de la majorité, ancien secrétaire général du Mouvement des Jeunes Communistes de France et aujourd’hui secrétaire de la section locale du PCF, prend la parole.

Après quelques secondes consacrées au vœu dont nous sommes censés débattre, il revient soudainement sur une délibération examinée précédemment : la création d’une navette municipale.

Et il lance à notre adresse :

« Les Tournefeuillais apprécieront le fait que vous n’avez pas voté ce service. »

Puis :

« Il est important que les Tournefeuillais le sachent et je pense qu’ils sauront s’en souvenir. »


Nous ne sommes alors plus dans l’explication du vœu sur le pouvoir d’achat.

Nous sommes revenus sur un vote précédent pour adresser une attaque politique à l’opposition et en tirer une conclusion devant le conseil municipal.

Très bien. Mais dans ce cas, la règle élémentaire du débat aurait été de permettre à l’opposition mise en cause de répondre.


Le maire refuse de me donner la parole


J’ai donc demandé à répondre à Assan Lakehoul.

Le maire a refusé, au motif que j’étais déjà intervenu précédemment sur le vœu.

Le problème est précisément là : je ne demandais pas à intervenir une deuxième fois sur le vœu. Je demandais à répondre à une attaque qui venait de porter sur une autre délibération.

Assan Lakehoul venait de rouvrir lui-même ce débat. Il avait pu mettre en cause publiquement notre vote. Le maire lui a laissé la parole pour le faire, puis m’a refusé la possibilité de lui répondre.

À partir du moment où le maire décidait qu’Assan Lakehoul pouvait avoir le dernier mot et qu’aucune réponse ne serait autorisée, l’échange était de fait terminé.

Nous nous sommes donc levés.

Notre position sur le vœu, elle, avait été annoncée sans la moindre ambiguïté : nous nous abstenions.


Et voilà comment quelques images peuvent raconter une tout autre histoire


La cellule de communication de la mairie a ensuite repris les images de notre groupe se levant du conseil municipal pour réaliser une communication affirmant :


« L’opposition de droite quitte honteusement le conseil municipal sur un vœu pour le pouvoir d’achat et sur le prix des carburants. »


Voici la vidéo de la majorité municipale qui nous met en cause sur les réseaux sociaux :


Tournefeuille "Unie" ou quand la communication municipale tourne à la manipulation !

Cette vidéo inverse même la chronologie des faits : nous nous sommes levés après l’intervention d’Assan Lakehoul et après le refus du maire de me laisser lui répondre, et non au moment de l’examen du vœu comme la vidéo municipale cherche à le laisser croire.

Elle ne dit pas que nous avions expliqué précisément notre position.

Elle ne dit pas que nous avions annoncé notre abstention.

Elle ne dit pas qu’Assan Lakehoul venait de quitter le sujet du vœu pour nous attaquer sur une délibération précédente.

Elle ne dit pas que j’ai demandé à lui répondre.

Et elle ne dit surtout pas que le maire m’a refusé cette réponse.


L’image de notre départ est ainsi isolée de la séquence qui l’explique et transformée en message politique : nous serions partis « honteusement » parce que nous ne voulions pas voter un texte sur le pouvoir d’achat.

Ce n’est pas du tout ce qui s’est passé.


Plutôt que les montages, regardez le débat.


Nous pouvons avoir des désaccords politiques.

C’est même le principe d’un conseil municipal.

La majorité peut défendre son vœu.

Nous pouvons considérer qu’il est insuffisamment précis ou argumenté.

Assan Lakehoul peut contester nos votes. Et nous devons pouvoir lui répondre.

Mais la communication publique doit permettre de distinguer un désaccord politique du récit que l’on construit ensuite à partir de quelques secondes d’images.

La démocratie ne peut pas s’accommoder de telles manipulations de l’information. Lorsqu’on est maire, lorsqu’on exerce une responsabilité publique, on a un devoir particulier de rigueur et de respect des faits. Déformer la chronologie d’un débat pour orienter la perception des électeurs, c’est à mes yeux indigne de cette responsabilité et profondément irrespectueux envers les citoyens.


C’est précisément pour cette raison que je publie aujourd’hui les extraits du conseil municipal.


Regardez la vidéo du conseil municipal.

Écoutez notre intervention, celle d’Isabelle Meiffren, celle d’Assan Lakehoul, ma demande de réponse et la réaction du maire.


Et chacun pourra se faire sa propre opinion sur ce qui s’est réellement passé le 1er octobre au conseil municipal de Tournefeuille.


Laurent SOULIÉ

Conseiller municipal à Tournefeuille, président du groupe Un Autre Avenir

Conseiller à Toulouse Métropole


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